Pharma: c'est quoi ? (2)

Publié le 13 Février 2012

 « Il parait que la pharmacie n’a pas d’avenir »

Encore un préjugé qui a la vie dure en ce moment…

     
Pour répondre à ça, on va faire un peu de pharmacoéconomie !
La pharmacie arrive à un tournant de sa « vie ». L’époque du pharmacien « Rolex » semble révolue.
Ces dernières années plusieurs facteurs ont conduit à une nouvelle donne :
-          La baisse croissante du nombre de prescripteurs, surtout en zone rurale. Si un prescripteur disparait dans un village, les gens auront tendance à aller à la pharmacie de leur centre commercial, ou celle de la ville où se trouve leur nouveau médecin. Pour schématiser : 1 médecin de moins = 1 pharmacie de moins en zone rurale. C’est beaucoup moins vrai en ville, où les médecins sont plus nombreux.
-          L’arrivée des génériques, les objectifs de substitution de la sécu, les TFR
Ces 3 notions sont liées intimement.
Les génériques sont des médicaments « copies » dont le cout doit être 50% inférieur à celui du princeps (médicament original) pour être mis sur le marché.
En revanche le laboratoire peut modifier le prix par la suite. Lorsqu’un générique est lancé, la Sécu le rembourse de façon à préserver la marge du pharmacien. Cette marge est normalement calculée sur le prix du  fabricant hors taxe.
Par exemple, le princeps est  à 14,50€* la marge est de 2,60€, elle sera aussi de 2,60€ pour le(s) générique(s).  Le pharmacien a le droit de substitution (c’est même un devoir cf § suivant) : il peut remplacer un médicament prescrit en princeps par un générique lui correspondant. SAUF si le prescripteur a mis la mention « ne pas substituer » sur l’ordonnance.
La Sécu fixe aux pharmaciens des objectifs de substitution :
 
Un groupe générique** créé depuis 12 à 18 mois doit être substitué à 55-60%, créé depuis 18-24 mois substitué à 60-65%... et ainsi de suite jusqu’à plus de 70% pour les génériques de plus de 3 ans.
 
En cas de non respect de ces quota (et c’est souvent), la Sécu peut passer les génériques sous TFR*** : la marge sera désormais calculée sur le prix fabricant du générique, et donc sera inférieure à la marge du princeps. Si je reprends mon exemple de tout à l’heure : la marge passe à 1,30€. Concrètement cela signifie que si les objectifs de substitution ne sont pas atteints, la sécu rembourse moins.
 
Il n’est pas difficile d’imaginer les nombreuses raisons qui font baisser la substitution : médecins réfractaires, pharmaciens réfractaires, patients réfractaires…
  
-          La loi de modernisation de l’économie de 2008 (LME)
 
Cette loi a conduit à la généralisation des groupements de pharmacies (connaissez vous encore une pharmacie qui ne fasse pas partie d’un groupement ?) : Evolupharm, Pharmavie, familiprix, Giphar, Univers pharmacie… pour n’en citer que quelques uns.
 
La LME impose aux pharmaciens (et aux commerçants en général) de payer leurs fournisseurs dans un délai de 60 jours. Or les fournisseurs proposent des remises (réductions) en fonction de la quantité commandée : plus on commande, moins on paye cher à l’unité. Afin de bénéficer de remises avantageuses, il faut donc commander de grandes quantités. Cela signifie qu’il faut avancer l’argent car on ne va pas tout vendre dans les 2 mois. Donc pour limiter les pertes les pharmacies font appel à des centrales d’achat, qui vont regrouper les commandes de leurs différents clients, et ainsi obtenir des remises auprès des fabricants. Les pharmacies deviennent alors dépendantes du groupement pour leurs achats.
 
 
 Ces différents facteurs expliquent qu’aujourd’hui une proportion non négligeable de pharmaciens met la clé sous la porte (en zone rurale surtout).
 
  Mais alors y’a-t-il un espoir pour les potards  ??
 
 Eh bien oui ! La loi HPST, pondue par notre consoeur Roselyne Bachelot, ouvre de nouvelles perspectives à la pharmacie. D’abord le droit de renouveler une prescription (sous conditions particulières), de nouvelles missions (éducation thérapeutique, journées de dépistage et/ou de prévention, participation aux réseaux de soins…).  Le manque de médecins pousse justement la Sécu à déléguer aux autres soignants,  ce qui soulève la question d’un autre mode de rémunération (même si on veut bien faire un peu de bénévolat, faut pas pousser mémé dans les orties non plus ^^).
 
Signalons également que le taux de chômage des pharmaciens de 3%, soit 3 fois inférieur à la moyenne nationale !  Il est facile de trouver du travail en pharmacie, même si certaines régions sont un peu saturées (dans le secteur hospitalier), on trouve.
 
Par ailleurs, la pharmacie, ce n’est pas QUE l’officine. Il y a de nombreux autres débouchés, comme je le disais déjà dans mon dernier article et on ne compte plus les pharmaciens qui ont changé de poste au cours de leur carrière (officine<-> industrie, industrie<-> agences de santé, hôpital<-> industrie, etc...) sans parler des postes en clinique privée.
 
Relativisons enfin : les gens auront toujours besoin de se soigner, et les médecins n’étant pas des super héros, il faut bien des experts du médicament.
  
Et voilà ! Si vous avez des idées à partager, n’hésitez pas et laissez un mot !
 
* : exemple de prix public d’un médicament vignetté. La sécu rembourse 65% de ce montant si vignette blanche, 35% si vignette bleue, 15% si vignette jaune. Le restant est appelée « ticket modérateur » ou « part complémentaire ».
**Groupe générique : Un princeps et tous ses génériques
*** TFR : tarif forfaitaire de remboursement par la Sécurité sociale.

Rédigé par un-petit-brin-dair

Publié dans #Infos métiers Pharmacie, #PACES, L2 et réforme

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